« Jeu est mort », ainsi parla Maradona…

Voilà 20 ans que le « 10 » joua son dernier match !

« Pase lo que pase y dirija quien dirija, la camiseta número 10 siempre será mía » 

« Quoiqu’il se passe et quoiqu’on en dise, le maillot numéro 10 sera toujours mien. » Maradona,1995.

Revenons sur le parcours exceptionnel de cet enfant du quartier de Fiorito, Buenos Aires.

À la mi-temps, un enfant de onze ans amuse les spectateurs de ses jongleries. Malicieux, « El Pibe de Oro » , le garnement en or, confie ses rêves aux caméras venues s’approcher du phénomène.

« …Pibe, une figure populaire argentine qui se réfère à l’enfant élevé dans la rue, bien loin de toute convention sociale. » Une histoire populaire du football, Mickael Correia.

diego lengu

« J’ai grandi dans un quartier privé de Buenos Aires… Privé d’eau, d’électricité, et de téléphone… » Maradona s’amusait à un contre-pied verbal lors d’une visite en Bolivie, en 2004.

Le rêve… El Pelusita

Les rêves éclosent aux quatre coins du Monde. Leur seul engrais, l’innocence… mais chaque région donne à la réalisation de ces rêves des formes différentes.

Maradona est l’icône du football moderne ! El D10S, comme aime le vénérer les argentins, reflète à lui seul les dérives de ce milieu, mais surtout celui de ce monde.

« Diego Armando Maradona fût adoré non seulement pour ses prodigieux jongles mais aussi parce qu’il était un dieu sali, pécheur, le plus humain des dieux. » Eduardo Galeano, Cerrado par Futbol.

L’argentine loupe la coupe du Monde qui se déroule en Espagne. Elle est éliminée au second tour par le Brésil. Maradona est expulsé avant la fin du match.

Tous les rêves peuvent se briser du jour au lendemain.

maradona blessé

En 1983, il est victime d’une triple fracture de la cheville gauche. Il a alors 23 ans. Contre l’avis de son club, le FC Barcelone, il fait appel avec le soutien de son agent et ami d’enfance, Jorge Cyterszpiler, au Docteur Oliva. De retour au pays, le docteur préconise une rééducation active, une première dans le monde de la médecine sportive. Il est de retour sur le terrain après seulement 3 mois et demi.

La Résurrection…

L’expérience Barcelonaise se termine. La greffe n’a pas pris. Un bon  milieu est essentiel pour une bonne croissance. La bourgeoisie barcelonaise boudait ce « picaro » argentin.

Destination Naples. Il est accueilli par plus de 80000 tifosi au stade San Paolo lors de sa présentation. La figure del Pibe embrassa immédiatement  celle du garnement napolitain, le « Criollo ». Les rêves sont gratuits, mais la réalité a un prix. Celui de l’effort, du dépassement de soi. Ce n’est pas un prix à payer mais un prix à donner…

Pour la première fois dans l’histoire du football, il prend un coach personnel qui l’accompagnera jusqu’en 1994, Fernando Signorini, préparateur physique.

« A Fiorito, le terrain sur lequel Diego jouait n’était pas plat et était recouvert de détritus et d’herbes folles. Il y a développé des capacités physiques hors du commun et sa technique basée sur l’évitement. » affirmait-il.

Il ne récupérait pas le ballon ! Il le volait et prenait la fuite…

maradona rocky

Lors de sa préparation physique spécifique du Mondial 86, Maradona s’amuse à écouter la musique de Rocky. « Gonna Fly now » de Bill Conti. Il savait qu’il allait être attendu, et que face à lui chaque équipe allait lui opposer un combat physique: une tactique défensive, un encerclement continu, un harcèlement incessant. Du haut de son mètre soixante-cinq, tous les défenseurs allaient lui sembler une montagne. Bien sûr, il utilisait toujours la malice pour prendre l’avantage. Mais pour les surmonter, il lui fallait de l’aide, des appuis aussi solides que percutants.

« Cuando el grupo hacía resistencia de velocidad, Diego no lo hacía constante. Lo suyo era arrancar y frenar. Y así le hizo después el segundo gol a los ingleses ».

« Quand le  groupe travaillait la résistance et la vitesse, Diego ne le faisait pas continuellement. Son travail était le démarrage et le freinage. Et, c’est ainsi qu’il fit pour le deuxième but face aux anglais. » précisa Fernando Signorini.

maradona angleterre

« Gonna Fly now » deviendra l’hymne de l’équipe. Les joueurs de l’Albiceste l’écouteront dans le bus lors de tous leurs déplacements durant  la coupe du monde 1986. Et ceci jusqu’au stade Azteca, México,théâtre de la finale. Les baladeurs n’existaient pas ou n’avaient pas encore envahi les oreilles des joueurs de football. La musique était encore un moyen de communion. Un ciment pour la cohésion de l’équipe.

L’année de la consécration, Maradona survole le mondial du Mexique. Il marque l’un des plus beaux buts de l’histoire du football.

L’Ascension…

Un joueur hors-norme… Le talent est nécessaire mais pas suffisant. Devant le virtuose, on oublie toujours les heures de travail et d’entraînements. Il est là le secret du virtuose : jouer facilement des partitions qui sont extrêmement difficiles à faire.

Pourquoi se pencher sur ce joueur ? L’Icône du joueur de rue, une figure de notre enfance…

« On m’en a donné des surnoms, mais Pélusa est celui que je préfère parce qu’il me ramène à mon enfance, à Fiorito, « déclare-t-il. « Je me souviens « des Cebollitas », des poteaux en bambou et quand on jouait pour un coca et un sandwich. Il n’y avait rien d’aussi pur. » Confessa-t-il.

Symbole de l’Argentine, des argentins … ces italiens de langue espagnol. Fútbol d’une culture symbiotique où se sont mariés la rigueur italienne au romantisme espagnol.

Pour avoir été élevé par un « pícaro » d’Extrêmadure, El Chola, il est frappant de voir l’évolution de cette figure. De voir, toutes les valeurs qu’il portait disparaître. Culte de la personne, mépris de l’effort, culture mondialisée (rap) ont remplacé la générosité, le dépassement de soi et l’identité. Avec Maradona disparaissait la figure du garnement virtuose. Au contraire des terrains vagues, il n’y a aucun arbre qui pousse sur les terrains de bitume.

Malgré ses erreurs et ses errements , Diego garda et garde un grand respect pour le « fútbol », pour le jeu. Chaque joueur est un révélateur du jeu, il joue pour ce qui le dépasse : l’avènement du Jeu.

«El fútbol es el deporte más lindo y más sano del mundo. […] Yo me equivoqué y pagué, pero la pelota no se mancha.»  »

« Le futbol est le sport le plus beau et le plus sain du monde (…) Je me suis trompé et j’ai payé, mais le ballon ne se salit pas. » Maradona, lors de son jubilé en 2001, à la bombonera.

Le jeu se meurt par la disparition des valeurs qui le nourrisse et qui lui donne corps. La générosité, le dépassement de soi et l’identité. Le jeu se meurt par cette obsession du résultat et de la réussite au profit de la joie donnée et partagée. Tous les sports sont atteints…

« Si me muero, quiero volver a nacer y quiero ser futbolista. Y quiero volver a ser Diego Armando Maradona. Soy un jugador que le ha dado alegría a la gente y con eso me basta y me sobra »

« Si je meurs, je veux renaître et redevenir footballeur. Je veux redevenir Diego Armando Maradona. Je suis un joueur qui a donné de la joie aux gens et ceci me convient et me suffit. » Maradona,1992

Diego, diego, diego…

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