Le jeu du « une-deux ». (2ème passe)

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Double une-deux entre amis.

Pour poursuivre cet échange nous avons voulu poser 2 petites questions pour deux grandes réponses. Pour que le jeu se poursuive: comme un double « une-deux ». A toi, à moi; à toi; à moi.

VF21: Dans la periodisation tactique, on insiste beaucoup sur le « modèle » de jeu ». Tout part de lui, tout reviens à lui! Comment le définirais-tu?

Jeremy Dos Santos: Alors qu’est-ce que ce « fameux » modèle de jeu ?
Pour parler « modèle », il faut déjà commencer par sortir du domaine des mots pour aller vers celui de l’opérationnalisation. Puisque tout processus renvoie à des répercussions sur chaque individu et ce à tous les niveaux. (les neurosciences ne laissent plus l’ombre d’un doute à ce sujet!). Or, quand cela se produit, il s’opère une certaine modélisation des différentes dimensions de l’organisme. Aujourd’hui, on sait  que même en termes de coopération, il y a une espèce de « cartographie » qui se met en place en fonction de cette « modélisation ».

Pourtant, pour moi, le modèle c’est ce qui existe en termes structurels et fonctionnels et qui permet qu’une équipe s’identifie en tant que tel. C’est à dire que même si on regarde la chaîne canal + en cryptée, ou même quand une équipe joue « mal », n’importe quel spectateur ou téléspectateur sait dire : « Ok. C’est le Fc Barcelone qui joue » ! Le modèle se trouve de ce côté là, c’est une évidence empirique.

Or, beaucoup de gens qui se disent de la Périodisation Tactique, ne comprennent pas cela. C’est d’ailleurs aussi pour ça, que bon nombre de personnes avec la tête pleine ne savent en fait absolument rien de la P.T! Or, un jour quelqu’un a bien dit : « On joue comme on s’entraîne », non?!
Donc, pour mettre tout ça en oeuvre il me faut une logique. C’est donc la présence ininterrompue du Morphocycle avec ses principes méthodologiques qui va me permettre d’arriver à mes fins…

C’est pourquoi le modèle n’est, ni plus ni moins, qu’une EMERGENCE!  Est toute émergence nécessite du temps, une idée et un processus qui orientera l’acquisition future.  Que se passe-t-il dès lors de l’acquisition d’un modèle ? Comme avec les tiques (les habitudes dans le jeu!), on met du temps à s’en débarrasser!

Plus que de modèle, on parlera d’un processus de modélisation qui établira une (nouvelle?) réalité. Pour moi, c’est ça un modèle, quelque chose d’ouvert (qui répond aux circonstances). Le modèle de jeu, c’est donc un « tout », presque un idéal qui est nulle part mais que je continue à chercher partout! D’où l’importance de la notion de qualité de jeu, de « mon » idée, et que celle-ci puisse continuer à évoluer par ma capacité à maximiser la redondance en concomitance avec la variabilité, la redondance étant davantage du domaine du « Macro », des grandes références collectives, et seulement après viennent le « méso » et le « micro »! Car même avec le Barça, il n’y a jamais deux matches identiques.

Et Redondance = Macro principes! Puisque les macro principes balisent le terrain pédagogique. C’est le référentiel collectif qui implique toute l’équipe.
C’est de là, que tout le reste est de l’ordre des « sous ». « Sous Principes » pour la dimension « méso » et « sous sous principes » pour l’aspect plus « micro ».

Pour conclure, le modèle est donc de la sphère de l’indivisible, de la matière de l’action. C’est donc une modélisation systémique où l’idée de jeu, le futur détermine l’apparition d’une fonctionnalité, une fonctionnalité qui aura permis entre temps l’émergence d’une structure géométrique identifiée et identifiable dans l’espace et le temps par la qualité des interactions.

VF21: Si je comprends bien, le modèle serait « cette chose » qui emerge et qui se « modèle » à partir de l’idée de jeu de l’entraineur et de la manière dont les joueurs l’interprètent (dans le sens de comprendre mais surtout de jouer) au travers de leurs relations/interactions.
Cette modélisation (émergence du modèle) se « travaille » à l’intérieur des principes méthodologique du Morphocycle, et la présence continue du morphocycle permettra aux joueurs de s’imprégner du modèle aux travers d’ »habitudes de jeu ». Mais voilà, on dit que le jeu football est une activité avant tout cérébrale (on parle meme souvent d’ »intelligence de jeu »). Or, aujourd’hui on pense que le cerveau se nourrit du changement . Comme tu le dis toi meme: redondance en concomitance avec la variabilité.
Comment fait on, à l’entrainement, pour allier ces deux impératifs, comment allier redondance et changement?

« Le poumon a besoin d’air, le coeur de sang, la bouche de salive et le cerveau de changement. » Jorge Wagensberg

JDS: La redondance est du domaine du « macro », donc des grandes références collectives. Et seulement après viennent le « Meso » et le « micro ». Mais attention, les gens ont coutume de penser que la redondance concerne uniquement les fameux « grands principes ». Or, dans la periodisation tactique on parle de macro-principes! Car les macro-principes balisent la modélisation! Les macro-principes sont les référentiels collectifs qui concernent toute l’équipe. Mais l’activité foot est un système ouvert et dynamique renvoyant à l’interaction du macro , du Meso et du micro. Il faut donc penser le jeu, l’équipe et les joueurs comme « quelque chose » en perpétuelle évolution dans un contexte instable et incertain. C’est pour cela que lorsqu’on nous pose la question, on répond: « le modèle, c’est tout! ». Même si cela peut paraître compliqué . 
D’où parfois aussi l’appellation que l’on utilise : « periodisation tactico -écologique à La Longue » sorte de méthodologie de l’incertitude  supportée par une pensée dite « glocale ». Glocale dans un rapprochement terminologique à l’économie, l’écologie ou encore aux relations interpersonnelles. Le concept glocale s’appliquant dans la systématisation des objectifs d’entraînement . L’entraînement est le premier lieu d’échange du triangle pédagogique: ENTRAINEUR –  EQUIPE – JOUEUR. Parenthèse à part, la « glocalisation » est un néologisme introduit dans les années 1980 dans une publication réalisée dans la « Harvard business review » et qui fut utilisée par des entrepreneurs japonais à partir du terme « dochaku », qui signifie au Japon : « ce qui vit en terre propre » en écho à l’adaptation de la culture générale de terre aux conditions locales . 
Dans la culture occidentale, c’est Roland Robertson qui a fait écho au terme « glocal » pour rattacher  la globalisation à sa réalité multidimensionnelle et aux interactions entre le global et le local. Ce sociologue a d’ailleurs précisé dans plusieurs articles que les cultures globales et locales ne doivent pas être perçues comme des forces opposées, mais au contraire être comprises de manière conjointes. Ainsi, on doit considérer les effets de la globalisation sur chaque « localité » mais aussi savoir que les propres idiosyncrasies locales (d’idées, de produits…) peuvent parfois s’appliquer à l’échelle planétaire. Appliquées au football et à la systématisation d’idées et d’objectifs, on aura pour but de comprendre la globalité du jeu, en tant que sport d’opposition / association entre deux équipes, tout en respectant l’importance d’une intervention au niveau local correspondant au joueur en tant qu’individu (lui aussi complexe), et qui aura  lui aussi une incidence dans le « principe de jeu » déterminé pour l’équipe .  
C’est une préoccupation qui doit guider quotidiennement le travail de réflexion de l’entraîneur / éducateur lorsqu’il s’agit d’harmoniser ses perspectives sur ce qui lui semble être « la meilleure manière de jouer » (soit ce qui doit être en partie présent dans son modèle de jeu) avec les idées, les conceptions et la terminologie qui sont inscrites dans le « paysage mental » de ses joueurs . Il y a donc là, une nécessité de traduire le caractère universel du « modèle de jeu » avec les particularités inhérentes à l’histoire, au vécu, à la culture et aux perspectives de chacun de ses joueurs. 
C’est pourquoi, dans tout modèle, le principe de jeu ne représente qu’un point de départ et même si ce n‘est que le ciment d’une organisation dans la pensée « glocale », le joueur est vu comme le noeud d’une gigantesque toile, où sont présentes les « réticences » mais aussi les « contributions » nécessaires au bon développement de la totalité d’un système (c’est par exemple le grand secret de la réussite des réseaux sociaux!). 
C’est donc cette récursivité entre le joueur et l’équipe, entre l’équipe et le joueur qui va au travers des exercices d’entraînement permettre l’implantation d’un modèle de jeu et donner de la valeur à la performance individuelle et collective de chaque groupe moteur. C’est la conscience du caractère GLOCAL de l’intervention qui permet d’apprivoiser la relation entre le tout et ses parties au niveau de l’entraînement sportif, comme dans la citation d’Edgar Morin  » le tout peut être à la fois supérieur et inférieur à la somme de ses parties » ! 

Cette réalité indivisible, seulement perceptible d’un point de vue holistique est nécessaire pour promouvoir une « auto organisation » des éléments de l’équipe tout en la reliant à un ensemble de principes d’action permettant d’affronter « collectivement » les invariables du jeu (sans perte du caractère individuel).

Pour conclure, le football en tant que réalité fractale exige une approche glocale, qui comptabilise à la fois le global et le local , le macro et le micro  et où l’entraîneur tentera de donner du liant entre ces deux entités grâce  à son intervention au niveau Meso!!! 
Tout comme il nous faudra aussi comptabiliser  la décision intuitive qui émerge des circonstances uniques et non répétées du match de football avec les objectifs de l’équipe . 
L’articulation sensible entre l’ADN de chaque joueur, l’ADN de l’équipe et l’évolution du code génétique du Jeu football nous oblige donc fondamentalement à construire une manière de jouer à partir de la SUPRA SPÉCIFICITÉ des contenus . Et c’est ici que la Periodisation tactique, en tant que processus d’entraînement, nous permet de relever le (difficile!) défi de  la création de certitudes entre partenaires face à l’incertitude du jeu en opposition! Le
(Principe) de la Spécificité avec un grand « S » celui de la redondance et du changement !

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