Le jeu de cette famille.

ILS M’ONT DEMANDÉ CE QUE JE VOULAIS ÊTRE QUAND JE SERAIS GRAND. J’AI RÉPONDU HEUREUX. ILS M’ONT DIT QUE JE N’AVAIS PAS COMPRIS LA QUESTION. J’AI RÉPONDU QU’ILS N’AVAIENT PAS COMPRIS LA VIE. John Lennon

Les enfants pratiquent le football, ou d’autres activités sportives, pour des raisons liées à la volonté de développer des compétences, à l’affirmation des amitiés, ou à la recherche de défis ludiques et moteurs. Auparavant ses activités étaient essentiellement pratiquées dans des contextes hors-domicile (parcs, terrains vagues, stades, rues, champs, bois, forêts…) dans un environnement non institutionnel et exclusif (activités réalisées qu’entre enfants et en absence total d’adultes). Aujourd’hui, pour des raisons inhérentes aux changements sociaux, ces activités sont essentiellement institutionnalisées. Elles sont organisées, encadrées et animées par des adultes à l’intérieur d’institutions (écoles, clubs, entreprises, « académies »…).

Il en resulte que le cadre du développement naturel et libre de l’enfant a complètement disparu. Et si auparavant on designait ce développement libre et non contraint comme responsable de carences éducatives, aujourd’hui c’est bien l’absence du développement libre et naturel de l’enfant qui entraîne d’autres derives et empêche les enfants de s’épanouir pleinement et totalement.

Dans le monde du football pour enfants, ces dérives sont aujourd’hui légion et ont certainement contribué à la baisse généralisée de la qualité du jeu voir même à sa disparition.

En effet, on remarque que se sont les parents ou leurs suppléants, les entraîneurs, qui deviennent aujourd’hui l’obstacle, le frein à l’ épanouissement des l’enfants.

Pas une semaine ne passe sans que l’on lise ici ou là que l’attitude actuelle des parents est deplorable, problématique, contestataire voire même parfois violente!

Pas un jour sans qu’un parent ne doive consoler son enfant humilié par son entraineur ou parce qu’il n’est pas convoqué pour participer au prochain match de son équipe!

Dans l’univers des adultes tout le monde se renvoie une balle déjà vide de tout sens, de tout projet, de tout rêve. Une balle gonflée de vaines ambitions, de frustrations, d’obligations de résultats aussi insignifiantes qu’un ballon qui roule sur une pelouse. Au milieu de tout ce vide, les enfants sont pris en otages par des adultes (entraineur/parents), qui ne se battent plus que pour leur dignité sociale perdue. Tous courant éperdument vers une réussite innatteingnable puisque se faisant au détriment du développement des enfants. https://xxemesiecle.football/2017/11/30/jouer-le-jeu/

TOUTE PERSONNE DANS UNE SITUATION D’AUTORITÉ INCONTESTÉE, LIBRE DE TOUTE CRITIQUE, COURT LE DANGER DE DEVENIR UN TYRANMaria Montessori.

Effectuons un petit travail de prospective, et parcourons les terrains à la rencontre des différents acteurs de ce jeu devenu sport.

  1. La fédération
  • Entraineur, formateur, éducateur???

La fédération est l’ institution suprême qui organise la pratique sportive. En France, malgré la prise de conscience des problèmes qui se posent, les réponses fournies n’en sont pas moins légères et peu encourageantes. Pour noyer le poisson, elle a dans un premier lieu effectué un changement de vocable. Et oui, elle est avant tout une formidable boîte de communication! De fait, elle a remplacé le mot « entraîneur » par « éducateur » avec pour suite logique la création du fumeux « projet éducatif fédéral » qui ne se résume en faite qu’à ordonner aux clubs de constituer de belles petites fiches avec de belles photos en échange de maigres subventions et l’octroi de non moins fumeux Labels (école de foot, elite…). Et oui, boîte de com quand tu nous tiens!

  • Compét? pas compét?

Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés là! La fédération a donc eu une idée géniale! Elle a décidé de supprimer les compétitions avec classement pour les enfants jusqu’à 12 ans. Mais si d’un côté elle souhaite supprimer le volet « compétition », de l’autre côté (et là, la victoire en coupe du monde a sa part de responsabilité), elle demande aux éducateurs qu’elle croit former de développer l’aspect « compétiteurs » des enfants qu’ils entraînent. Il n’y a plus rien à y comprendre! En effet, voilà qui est bien ridicule. Un match de football est intrinsèquement une compétition entre deux équipes qui recherchent la victoire, sinon le jeu perdrait de son sens initial. Ce n’est pas la compétition qu’il faut supprimer, mais bien la vision que l’on se fait de la compétition qu’il faut faire évoluer, peut être en la voyant plus comme un vecteur d’émulation qui pourrait favoriser et évaluer les apprentissages. L’émulation est le sentiment qui porte à égaler ou à surpasser l’autre.
En ce sens elle peut être une source de progrès car elle permet à chacun de se situer dans une approche comparative avec l’autre. En partant de ce principe, les joueurs ou les équipes doivent faire de leur mieux afin de remporter le match. D’ailleurs, Gréhaigne considère cette notion comme à la fois repère et dialogue. Repère, dans la mesure où on peut se situer par rapport aux autres et dialogue, car elle permet d’analyser les différences et les ressemblances entre les partenaires et les adversaires.

  • La formation des éducateurs.

En France, la formation des éducateurs est exclusivement organisée par la fédération. La grande différence qui existe avec d’autre pays qui sont à la pointe de la formation des jeunes footballeurs réside dans le fait que dans notre pays, l’apport du monde universitaire dans la réflexion qui y est menée y est quasi inexistante. En effet, les grands changements qui ont eu lieu ces 20 dernières années dans la vision de la formation des jeunes joueurs sont avant tout dus à l’incorporation du monde universitaire dans le cercle des clubs formateurs qui dispensent ces enseignements. Pensons notamment à l’apport de Paco Serul-lo et l’école barcelonaise au sein du Barça, ou l’université de Porto via Vitor Frade au Fc Porto, ou encore l’université de Tras os Montes portugaise. Pourtant, chez nous, ce ne sont pas les chercheurs qui manquent comme notamment Pierre Parlebas ou Jean Francois Gréhaigne entre autre, qui ont plus d’influence hors de nos frontières que dans notre propre paysage footballistique. En fait, le gros du problème se situe dans le fait que notre football est essentiellement enseigné par d’anciens footballeurs ayant une formation restreinte sur l’enseignement de la pratique et qui reproduisent les schémas qu’ils ont connus durant leur carrière. Peut-être serait-il temps d’effectuer un rapprochement entre ces deux mondes. Mais il ne pourra se faire qu’au sein des projets de club en se rapprochant des écoles et notamment des filières STAPS des universités voisines plutôt qu’au sein de la fédération qui est un acteur bien trop éloigné de ces réflexions.

Mais celle-ci se défendra en nous disant que la formation française ne se porte pas si mal que cela car les footballeurs « formés en France » étaient les plus nombreux lors de la dernière coupe du monde et que se sont les footballeurs qui s’exportent le plus dans les différents championnats européens. (Voir article du Monde https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/07/18/football-la-france-est-aussi-championne-de-la-formation-des-joueurs_5333206_4355770.html)

Mais voilà, en y regardant de plus près, on peut aisément démasquer le grand mensonge qui se cache derrière cette entreprise de communication (encore une!). En effet, en croisant les chiffres de cet article et ceux donnés par la fédération elle-même on peut remarquer que le centre de formation le plus prolifique ne se trouve pas dans un des centres de formation ou dans un Pôle Espoir. (1/10 dans les pôle espoir signe pro et 16% dans les clubs pros).https://www.fff.fr/articles/direction-technique-nationale/jouer/statistiques-joueurs/details-articles/141002-551612-statistiques. Non, les meilleurs centre de formations Francais sont les city-stades de la banlieue parisienne ou les enfants des quartiers pratiquent ce qu’ils appellent le street foot (football libre!) et qui a fait dire à un certain Beckenbauer qu’il existait deux foyers de talents dans le monde qui étaient la région de Sao Paulo au Brésil et la banlieue parisienne! Tout est dit!

Nous l’avons bien compris, il n’y a pas grand chose à attendre de cette institution plus encline à sauvegarder son petits prés carré, plus affairée à parader dans les tribunes VIP des stades en compagnie de politicards corrompus ou d’ hommes d’affaires véreux, plus occupée à « racketter » les clubs amateurs en leur proposant des formations sans queue ni tête. Un coup analytique, un coup méthode globale et encore un coup analytique… et ainsi de suite jusqu’à plus soif.

LE JEU EST DEVENU UN SPECTACLE, AVEC PEU DE JOUEURS ET BEAUCOUP DE SPECTATEURS, FOOTBALL A REGARDER. ET LE SPECTACLE EST L’UNE DES ENTREPRISE LES PLUS LUCRATIVE AU MONDE, QUI N’EST PAS ORGANISE POUR JOUER MAIS POUR EMPECHER QUE L’ON JOUE. Eduardo Galeano

2. Les clubs.

  • Les clubs dit « pros ». Comme ils sont professionnels, ils font partis integrante de ce qui est devenu et que l’on nomme le business du football et n’ont donc comme seul ambition que la pérennisation de ce même business avec son lots d’affaires , de matchs truqués, de dopage… etc, etc. S’agissant d’enfants, il est assez comique, voir même plutôt effrayant d’entendre parler de clubs pros. Leur accointance avec les fédérations fait de cet acteur un des grands responsables de biens des dérives que l’on peut observer aujourd’hui sur les bords des terrains des enfants. En effet, la fédération ayant obligé à rémunérer les clubs amateurs pour la signature d’enfants de plus de treize ans, ces clubs « pro » envoient aujourd’hui des hordes de « détecteurs » sur les terrains pour des joueurs d’à peine six ans! Et on assiste à une véritable marchandisation des enfants avec tout ce que ces clubs peuvent proposer comme « rêves » ou plutôt d’illusions qui amènent la confusion chez des parents perdus dans un monde où la réussite ne se résume qu’à la possibilité de l’intégrer. Un monde qui ne respecte plus que les innombrables chiffres qui sont annoncés devant les assemblées d’actionnaires ou dans les journaux télévisés. Un monde où le joueur en tant qu’homme n’est vu que comme un vulgaire produit qui peut se vendre, s’acheter, se revendre, etc, etc… Triste fin de ce monde!
  • Les clubs amateurs. Par essence un club sportif est avant tout un cadre, une structure qui permet à une communauté de vie de se réunir, d’entreprendre des projets et de lier des amitiés. Voilà son intention originelle. Voilà sa véritable vocation. Le projet d’un club naît donc de la rencontre de ses membres et de l’affirmation d’un projet commun et exclusif au travers de l’ engagement de tous ses membres. La crise de notre société et par la même occasion des clubs sportifs se situe bien dans l’absence total d’un projet réfléchis, afirmé et éloigné de considérations mercantiles. C’est donc bien aux différents membres des clubs et à eux seuls (pas besoin de l’intervention extérieur d’une quelconque institution) que revient la responsabilité de veiller à la réalisation de leur engagement initial. Par l’affirmation de leur projet ils peuvent ainsi devenir et/ou proposer un véritable cadre de rencontres qui favoriserait un foisonnement intellectuel, éthique, moral et développerait ainsi l’épanouissement de la vie de ses divers acteurs. https://xxemesiecle.football/2017/10/16/la-vision-du-jeu/

3. Les entraineurs.

Comme nous l’avons vu plus haut, les entraineurs qui peuplent nos pelouses et à qui sont confiés les enfants sont en règle générale d’anciens joueurs, des joueurs en fin de carrière cherchant une reconversion facile ou de simples footballeurs « ratés ». De fait comme le déplorait Horst Wein, la grande tragédie du football dans notre pays est que de nombreux entraîneurs connaissent assez leur sujet (le foot) mais ne connaissent pas assez les enfants. Alors qu’en fait, s’agissant d’apprentissage, il est plus important de connaître les besoins vitaux des enfants, de connaitre ce qu’ils aiment le plus afin qu’ils puissent progressivement découvrir la difficulté et la complexité du football. Malheureusement, on peut observer que de nos jours l’ego de l’entraineur est de plus en plus présent sur les bords des terrains. Mus par l’ ambition de gravir les différents échelons de l’entraîneur, nombres d’entre eux pensent former une équipe de classe mondiale avec leurs joueurs et ont souvent les mêmes exigences que leurs confrères qui dirigent les grandes équipes mondiales. Par conséquent, ils pensent que le succès de leur mission consiste à accumuler des victoires de quelques manières que ce soit sans se rendre compte que celles-ci pourraient avoir des effets néfastes et pourraient frustrer les enfants. Ainsi, ils regardent le football des enfants comme s’il s’agissait du football professionnel alors que l’enfant n’est pas un adulte en miniature. Le jour où les entraîneurs comprendrons qu’il s’agit avant tout d’enfants alors les enfants pourront peut-être avoir l’éducation sportive qu’ils méritent. https://xxemesiecle.football/2018/02/05/comme-dans-un-jeu-de-dupe/

LE FORMATEUR QUI CHERCHE A ACCUMULER LES VICTOIRES TRAVAILLE PLUS A SA REUSSITE FUTURE PLUTOT QU’A CELLE DES JEUNES FOOTBALLEURS. Horst Wein.

4. Les parents

Malgré tout ce que l’on peut lire ici ou là, et malgré le fait qu’il existe toujours des brebis galeuses qu’il faut savoir écarter, se sont eux, les parents, les garants du développement et de l’épanouissement de leur enfant.

En effet, la figure des parents est l’une des plus influentes sur l’enfant. De sorte qu’ils puissent devenir soit un formidable guide et un agent de motivation extraordinaire, ou au contraire, devenir un agent-collabo de lobbying au service du business du football, ce qui ne manquerait pas de provoquer chez l’enfant une rapide saturation sportive caractérisée par l’apathie, l’indifférence et qui l’amenerait même probablement a éprouver une aversion complète pour le sport en général.


CHAQUE HOMME CACHE EN LUI UN ENFANT QUI VEUT JOUER. Friedrich Nietzsche

Un véritable projet sportif et éducatif devrait avoir pour objectif de permettre aux enfants de pratiquer le football aux travers de jeux de façon libre, et devrait sensibiliser les parents sur les comportements et les attitudes correctes à avoir au cours du développement sportif de l’enfant, en les intégrant pleinement à la formation de chacun d’entre eux. Les membres du noyau familial, les parents, pourraient s’entraîner avec leurs enfants (au moins jusque l’âge de 8-9 ans) ce qui en ferait un moment privilégié dans la vie de famille. Les entraîneurs marqueraient les lignes directrices des exercices, permettant ainsi aux parents de modéliser les actions que l’enfant doit suivre. Ainsi, le comportement des parents aurait une influence positive sur le comportement et les performances de leurs enfants sur le terrain. En effet, au début de la pratique sportive, nous pouvons observer la grande importance et l’influence positive ou négative du triangle formé par les entraîneurs, les enfants et les parents. Intégrer et non pas séparer.

Des initiatives sont déjà à l’oeuvre aux coins des rues. Nous pensons notamment à l’Ecole de Foot Sport et Famille au Venezuela dans laquelle, enfants et parents pratiquent conjointement leur sport favoris, ou plus proche de chez nous à Copenhague, ou le FC Copenhague (club pro) a confié son école de foot à un club amateur, le KB Copenhague (plus vieux club d’Europe) où les parents s’investissent et participent au séances d’entrainement des tout petits. Et bien d’autres initiatives salutaires que nous ne connaissons certainement pas.

Tout n’est pas perdu!

En ces temps de grands désordres et de grandes confusions sociales, c’est aux parents, formateurs, professeurs, chercheurs… à tous les acteurs de la vie sociale de rassembler, d’unir leurs forces dans la volonté de relever les défis du nouveau monde qui vient. C’est dans cette union et dans cette volonté (au sein des innombrables clubs de ville/quartier), c’est dans l’affirmation d’un projet simple, enthousiaste, original et respectueux de la diversité de ses acteurs qu’émergera une nouvelle, belle et joyeuse famille du football. Une Famille qui permettrait aux enfants d’avoir les capacités et la possibilité d’oeuvrer au perpétuel renouvellement de son projet. Telle est la vie.

Qu’il en soit ainsi!

LE FOOTBALL EST UNE MERVEILLEUSE EXCUSE POUR ETRE HEUREUX. Cesar Luis Menotti.

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