Les 11 lois du jeu.

« Le bon enseignant n’apprend rien à personne, il ne fait que permettre à son élève de découvrir ses propres capacités. » Horst Wein

Depuis que nous nous sommes engagés dans l’écriture de ce blog, notre attention s’est portée sur l’univers des enfants. Nous pensons, en effet, que s’il doit exister un « renouveau » dans le marasme du jeu actuel celui-ci doit avant tout se focaliser sur ses premiers pas. N’avons nous pas coutume de dire que pour qu’une action se termine bien, la première passe est primordiale, essentielle? Et cette première passe ne commence t’elle pas au plus jeune âge, là où naît le jeu?

Aussi, nous avons déjà dit que pour qu’un développement footballistique soit optimum il était plus opportun de connaitre les particularités naturelles des enfants plutôt que d’être un « expert » du jeu. Enseigner n’est pas chose aisée et il est fondamentale de connaitre ces lois naturelles qui font qu’un « apprentissage » soit réussi.

Quelles sont ces lois?

Cette article tente de recenser ces différentes lois de l’apprentissage qui permettront, si elles sont bien mise en application, de faire émerger les pleins potentiels de chacun.

Découvrons les!

I

Dans ton activité, tu t’engageras.

Il est évident que sans intérêt, sans curiosité, sans engament personnelle, endogène, aucun apprentissage profond ne peut se faire. Or nous voyons encore trop souvent des enfants amenés à la pratique d’une activité par une volonté extérieur. Cette volonté peut être celle des parents ou aussi pour « faire comme les copains », ou encore par une espèce de pression sociale à la réussite. Rappelons le, aucune activité n’est supérieur ou meilleur qu’une autre. Il s’agit avant tout de s’engager dans une pratique qui nous motive, nous dépasse, nous transcende. Il s’agit avant tout, comme le dirait Ken Robinson, de trouver son élément.

II

Dans l’action, tu grandiras.

Les neurosciences nous permettent aujourd’hui de comprendre de mieux en mieux comment le cerveau humain est capable d’apprendre. Toutes les études montrent que c’est grâce aux expériences actives répétées que l’intelligence plastique accumule des informations. L’être humain apprend donc par ses expériences actives en faisant des prédictions. C’est lorsqu’il est engagé dans une activité que son intelligence peut être surprise par un décalage entre sa projection et la réalité. Le cerveau réajuste alors ses connexions et ses probabilités. Lorsque nous ne sommes pas activement engagés, pas ou peu d’apprentissage se réalisent. Des expériences montrent que des souris que l’on déplace sur un petit chariot dans un labyrinthe pour leur montrer le bon chemin trouvent par la suite bien plus difficilement la sortie que des souris qui ont pu préalablement explorer l’espace et se tromper de nombreuses fois. Celles qui avaient été engagées de manière active avaient des prédictions et avaient appris, les autres non.

III

De l’autre tu t’inspireras.

Les sciences du développement humain montrent aujourd’hui que pour qu’un apprentissage soit performant, l’apprenant a besoin de l’autre pour le faire fonctionner. Il a besoin de la guidance d’un autre plus avancé que lui. Néanmoins, nous observons que face à plusieurs enfants, face à un groupe d’enfants la « connexion » est difficile, voir impossible. Il faut bien comprendre que pour qu’une guidance soit efficace, et il n’y a plus de doute là dessus, celle-ci doit être personnalisée, c’est à dire selon chacun, selon ses caractéristiques propres, personnelles. Les « messes » collectives doivent être raréfiées au maximum. Elle doivent être concises et le message le plus simple possible. Et oui, aucun enseignant, aussi bon orateur et savant soit-il, ne pourra jamais transmettre directement ses enseignements dans le cerveau de ses élèves simplement en parlant.

IV

Avec d’autres générations tu te mélangeras.

Il a été montré que les enfants d’âges différents adoptent naturellement entre eux une posture pédagogique naturelle: ils se guident les uns les autres dans leur exploration du monde. C’est d’ailleurs ce qui a été observé par les chercheurs au sein des fratries. Même si il peut paraitre évident que les plus jeunes apprennent plus facilement des plus vieux dans une sorte de mimétisme, les plus âgés quant à eux consolident leurs connaissances en tentant de les transmettre aux plus jeunes. Le football dans la rue était ainsi fait. Quand un adversaire plus jeune se présentait face à nous on le dribblait et quand il était plus âgé, plus costaud on faisait une passe à notre coéquipier. Ainsi nous apprenions les secrets de ce jeu mélangés avec d’autres enfants d’âges différents.

V

L’erreur tu accepteras.

L’erreur est un passage obligatoire, une itération, une confirmation normale et nécessaire avec la réalité qui nous permet de nous réajuster et de préciser nos connaissances et nos prédictions. Or dans nos modèles d’apprentissage l’erreur est souvent sanctionnée, soit par une note, par un jugement ou une appréciation. Cependant, l’erreur devrait être neutre. Tout nos système d’apprentissage ont tendance a faire tout le contraire pour que l’enfant puisse apprendre de la meilleur façon possible: on leur impose des activités peu motivantes, et lorsqu’ils essaie de s’y engager, la moindre erreur est jugé. De cette façon nous paralysons la prise de risque et toutes initiatives.

VI

L’ environnement tu soigneras.

Ils est important de proposer aux plus jeunes un environnement, un cadre dans lequel ils peuvent s’épanouir. Ce cadre ne doit être ni sur-charger ni sous-charger. Il ne doit ni sous-stimuler ni sur-stimuler. Il doit être suffisamment ouvert afin de lancer des défis aux enfants mais en même temps ne pas être trop « compliqué » dans quel cas il freinerait ou inhiberait leur l’élan naturel. Aussi, ce qui fait réellement la richesse de l’environnement ce n’est pas la quantité mais la qualité des activités proposées. Ces cadres, ces contextes proposés doivent donc être à la juste mesure de ses participants.

VII

De ton activité tu te reposeras.

Le repos fait aussi partie de l’activité. Le temps de l’observation n’est pas un temps perdu. Bien au contraire il est même nécessaire afin de remettre de l’ordre dans notre cerveau, dans nos idées. C’est pendant ces temps d’inactions que nous pouvons effectuer des « stratégies mental » ou imaginer des « techniques » surprenantes. Ces temps sont donc bien plus productifs qu’on ne le pense. Ainsi, il n’y a aucun mal à ce que dans la pratique, l’enfant se retrouve dans une file d’attente ou à l’extérieur du jeu. Néanmoins, ces temps d’attentes ne devraient pas être trop longs sinon la motivation se verrait emprunter.

VIII

Le sens tu chercheras.

L’être humain ne semble pas être fait pour retenir ce qui n’a pas de sens pour lui. Et ce qui est le plus fatigant, ennuyant pour lui est d’effectuer des tâches qui ne sont pas dignes de son intelligence. N’avons nous jamais entendu à l’école ou sur un terrain d’entrainement des enfants exprimer un « à quoi ça sert » comme une prière s’élevant vers le ciel pour comprendre le sens de ce qu’on voulait lui enseigner. C’est pourquoi, quand on interrogea Horst Wein sur : « méthode » globale ou « méthode »‘analytique il répondit: les deux! Mais il ajouta que si la mise en place d’exercices techniques/analytiques pouvait être nécessaire, ils devaient se faire dans un contexte de jeu, sinon ils perdraient tout leurs sens. C’est pourquoi dans l’accumulation d’exercices analytiques il y a peu, voir aucun transfert observable dans le jeu.

IX

Librement tu joueras.

Déjà nous avons évoqué dans d’autres articles la nécessité du jeu libre chez l’enfant et sans directives de l’adulte. Nous vous renvoyons donc aux articles: https://xxemesiecle.football/2017/11/30/jouer-le-jeu/ ou https://xxemesiecle.football/2019/03/03/le-jeu-de-cette-famille/

X

Du stress tu t’éloigneras.

Le stress est l’ennemie de la créativité. Le stress répété et/ou prolongé de l’enfant altère gravement son câblage cérébral encore immature. Les dommages générés enclenchent un cercle vicieux: plus un enfant subit de stress, plus la maturation de son cortex préfrontal est ralentie et plus il aura des difficultés à gérer ses épisodes de stress qui deviendront alors de plus en plus nombreux et de plus en plus difficilement contrôlables. L’enfant contrairement  à l’adulte est incapable de se calmer seul. Il pourra le faire à mesure que son cortex préfrontal deviendra mature (+- 25ans). C’est pourquoi il est nécessaire d’éviter de mettre les enfants dans des situations verticales stressantes comme les évaluations ou autres contrôles. De même, comme nous le montre differentes études récentes dans les pays scandinaves , les enfants qui sont trop tôt baignés dans des environnements à forte compétition ont tendance à développer ce que Ruben Rossi appelle le « syndrome de l’enfants aux milles batailles ».

X+I (lois des lois)

Ton prochain tu aimeras.

Ceux qui pensent que l’amour, l’affection ou la  bienveillance sont un supplément pédagogique optionnel sont dans l’erreur car elles est la clé de tout. Combien même on respecterait toutes les autres lois mentionnés ci-dessus, si celle-ci viendrait à manquer, aucun apprentissage ne serait possible. En effet notre bienveillance génère et déclenche chez l’enfant la sécrétion d’ocytocine qui favorise l’empathie, l’attachement, le lien et la confiance qui à son tour déclenche en cascade la dopamine, la sérotonine, et les endorphines. La dopamine génère quant à elle la motivation, l’enthousiasme, la créativité. La sérotonine stabilise l’humeur et l’endorphine suscite un sentiment de bien être. L’amour, l’affection, la bienveillance ne sont donc pas des options pédagogiques mais les véritables catalyseurs de l’épanouissement de tous et de toutes.

Cet article est fortement inspiré de l’ ouvrage de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfants » dont il se permet de reprendre certains passages.

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